Avis – Razer Tartarus V2 Pro : Une révolution technique au prix fort

Depuis de nombreuses années, la gamme Tartarus s’est imposée comme le représentant par excellence d’une catégorie de périphériques ultra-niche : le keypad. Pensé comme le prolongement ultime de la main gauche, il s’est forgé une solide communauté de joueurs acharnés et de créateurs qui ne jurent que par lui. L’attente autour d’une véritable mise à jour était donc immense, et Razer frappe un grand coup avec ce Tartarus V2 Pro. Véritable troisième génération qui ne dit pas son nom, ce périphérique suscite des espoirs proportionnels à la hausse vertigineuse de son tarif, désormais fixé à 219,99 euros. Derrière cette étiquette digne d’un clavier très haut de gamme, le constructeur promet une refonte totale de l’expérience, mêlant switches optiques de pointe et intégration d’un véritable joystick TMR. Après l’avoir mis à l’épreuve de manière intensive, il est temps de démêler la révolution technologique de la réalité de l’usage quotidien.

Fiche Technique : Razer Tartarus V2 Pro

  • Type de touches : Switches Optiques Analogiques Razer Gen-2 (course réglable de 0,1 à 4 mm).
  • Contrôle directionnel : Joystick analogique TMR.
  • Touches programmables : 31 touches au total.
  • Fonctions avancées : Rapid Trigger, Snap Tap, Double activation.
  • Matériaux : Touches en PBT double injection, repose-poignet ajustable.
  • Mémoire & Profils : 3 profils embarqués (8 keymaps par profil).
  • Connectivité : Filaire (câble tressé) avec Polling rate à 8000 Hz.
  • Prix de lancement : 219,99 €.

Un design premium et des finitions exemplaires

Dès la sortie de la boîte, le Tartarus V2 Pro justifie en partie son positionnement tarifaire par une qualité de fabrication irréprochable. Le choix d’intégrer des touches en PBT à double injection apporte un rendu texturé extrêmement agréable au toucher, bien loin de l’aspect glissant des plastiques ABS traditionnels. L’ensemble respire la solidité, avec une base stable et un revêtement gommé qui assurent un excellent maintien sur le bureau. Le rétroéclairage Chroma RGB reste fidèle à la réputation de la marque, avec une mention spéciale pour la nouvelle rangée de LED permettant de visualiser la profondeur d’enfoncement des touches, une véritable réussite à la fois esthétique et fonctionnelle.

Une ergonomie à double tranchant

Le confort sur la durée est l’un des points forts incontestables de cette nouvelle itération, à condition de correspondre au gabarit cible. La possibilité d’ajuster le repose-poignet non seulement en profondeur, mais également de manière latérale, change littéralement la donne et évite toute douleur sur de longues sessions. Toutefois, malgré ces réglages, le périphérique reste peu adapté aux petites mains qui peineront à atteindre la rangée supérieure.

L’ergonomie globale exige aussi un véritable reformatage du cerveau. La disposition spécifique et la numérotation des touches (sans lettrage classique) demandent un temps d’adaptation considérable. Cette courbe d’apprentissage est particulièrement abrupte au niveau du bloc sous le pouce. L’armature du matériel a été modifiée pour accueillir le nouveau joystick, ce qui décale légèrement la position de la touche 27 définie par défaut pour la barre d’espace. Son accès s’avère peu naturel dans les premières heures de jeu, même si le mouvement finit par s’inscrire dans la mémoire musculaire avec le temps.

L’analogique sous toutes ses formes : switches optiques et joystick TMR

Le cœur de cette évolution repose sur deux innovations distinctes qui modifient profondément l’approche en jeu : les nouveaux switches optiques analogiques Gen-2 pour les doigts, et le stick analogique TMR pour le pouce.

Du côté des touches, l’apport est indéniable sur des titres extrêmement nerveux comme Warhammer 40,000: Boltgun 2 ou Doom: The Dark Ages, où la fonction Rapid Trigger offre une réactivité sans faille. Côté acoustique, ces switches optiques s’avèrent linéaires et plutôt discrets dans leur course, dépourvus du « clic » parfois agaçant des claviers mécaniques traditionnels. Attention toutefois : si la course est silencieuse, la frappe en butée sur le châssis en pleine frénésie résonnera tout de même dans votre micro. 

Ces switches permettent également la fameuse double activation. Cependant, l’utilisation de cette fonction demande un doigté d’une précision chirurgicale, bien trop difficile à maintenir dans la panique de l’action.

Heureusement, pour la gestion des déplacements, le Tartarus propose une alternative bien plus naturelle avec l’ajout de son joystick. Ce dernier transforme l’expérience sur des jeux prenant en charge la double entrée clavier/manette simultanée, comme Gears 5, Gears of War: E-Day ou encore Battlefield 6. En remplaçant les traditionnelles touches ZQSD par ce stick, on obtient une fluidité de mouvement incomparable. Pour justifier son tarif premium et parfaire cette ergonomie, Razer a d’ailleurs l’excellente idée de fournir trois capuchons interchangeables (concaves et convexes) dans la boîte, permettant à chacun de trouver le grip idéal. C’est la promesse d’avoir enfin le meilleur des deux mondes : la précision chirurgicale de la souris couplée à la souplesse des déplacements 100 % analogiques.

Le centre de commande Synapse, un mal nécessaire

Toute cette débauche technologique est malheureusement enchaînée à Razer Synapse. Sorti de la boîte, le périphérique souffre de choix par défaut totalement contre-intuitifs : le joystick est assigné à la visée (se comportant comme un stick droit de manette) au lieu des déplacements. Il est donc impératif de passer par l’interface pour le basculer en stick gauche et orienter finement ses axes de direction. Si la mémoire embarquée dépanne pour les raccourcis simples, les fonctions avancées et le paramétrage fin de l’analogique exigent un véritable investissement personnel et impliquent que le logiciel reste actif en arrière-plan en permanence.

L’arme secrète pour la création numérique

Il serait réducteur de limiter ce Tartarus V2 Pro au seul domaine vidéoludique. En dehors des champs de bataille, l’appareil se révèle être une extension redoutable pour la productivité. Couplé à une tablette graphique PC sans écran, il devient le centre de commande absolu de la main gauche. La programmation des macros sous un logiciel comme Clip Studio Paint permet d’accélérer drastiquement la gestion des calques, le basculement entre les outils d’encrage ou la manipulation complexe des mannequins 3D. Pour le dessin, la mise en page et le tramage de planches de manga ou d’illustrations complexes, le gain de fluidité apporté par les multiples profils embarqués compense très largement le temps passé à configurer le logiciel. 

Conclusion

Le Razer Tartarus V2 Pro est un produit clivant, brillant par son ingénierie mais exigeant envers son utilisateur. Il demande de la patience pour surmonter sa disposition numérotée, l’accès initial de la touche espace et les méandres de son logiciel de configuration. Son prix de 219,99 euros est particulièrement difficile à avaler, surtout face à l’absence de connectivité sans fil à ce tarif. Néanmoins, pour les joueurs passionnés capables de s’investir dans sa configuration, et pour les créatifs cherchant l’outil de raccourcis ultime pour des logiciels spécifiques, il offre une combinaison de confort, de matériaux premium et d’innovations analogiques qu’aucun autre périphérique ne propose actuellement sur le marché.

Les Plus (+)

  • Les switches optiques Gen-2 : Une réactivité redoutable grâce au Rapid Trigger.
  • Le joystick TMR : Précis, fluide, et fourni avec 3 capuchons pour s’adapter à chaque pouce.
  • La qualité de fabrication : Les touches en PBT texturé et les finitions générales sont irréprochables.
  • Le confort sur-mesure : Le repose-poignet enfin ajustable en profondeur et latéralement.
  • Le roi de la productivité : Un gain de temps monumental pour les raccourcis sur les logiciels de création numérique.

Les Moins (-)

  • La facture salée (219,99 €) : Un prix exorbitant pour un périphérique qui reste exclusivement filaire.
  • Razer Synapse indispensable : Des choix par défaut absurdes en sortie de boîte qui obligent à tout reconfigurer soi-même.
  • La courbe d’apprentissage : Les touches numérotées et la nouvelle position de la barre d’espace (touche 27) demandent beaucoup de patience.
  • La double activation délicate : Une technologie très (trop) dure à maîtriser dans le feu de l’action.
  • L’ergonomie clivante : Le gabarit général reste difficile d’accès pour les petites mains.

Verdict : 4/5

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