Selon Bloomberg, Apple envisagerait d’intégrer des assistants IA externes sur CarPlay, tout en conservant Siri comme assistant vocal par défaut.
Apple s’apprête à faire évoluer en profondeur l’un des piliers les plus verrouillés de son écosystème automobile. Selon des informations rapportées par Mark Gurman pour Bloomberg, le constructeur californien envisagerait d’autoriser l’intégration d’assistants conversationnels tiers au sein de CarPlay. Des services comme ChatGPT ou Gemini pourraient ainsi apparaître directement sur les écrans de bord des véhicules compatibles.
Cette inflexion stratégique marque un tournant majeur pour une plateforme historiquement fermée aux applications externes, et traduit une volonté d’ouverture progressive dans un contexte de concurrence accrue autour de l’intelligence artificielle générative. Si Siri conserverait son statut d’assistant vocal par défaut, les utilisateurs bénéficieraient désormais de la liberté d’invoquer des alternatives, via commandes vocales ou raccourcis à l’écran. Le déploiement serait envisagé dans les prochains mois, sans calendrier officiel à ce stade.
Une ouverture mesurée, mais lourde de sens
Jusqu’ici, CarPlay s’est distingué par un cadre particulièrement strict, limitant les interactions aux seules applications certifiées par Apple, afin de garantir sécurité, cohérence et simplicité d’usage. L’arrivée potentielle d’assistants IA tiers rompt avec cette doctrine, sans pour autant remettre en cause l’architecture centrale de la plateforme.
D’après des sources proches du dossier, Siri resterait l’interface vocale principale, mais les conducteurs pourraient solliciter d’autres modèles conversationnels selon leurs préférences. Cette approche hybride permet à Apple de répondre aux attentes croissantes en matière de personnalisation et de flexibilité, tout en conservant la maîtrise de l’expérience utilisateur de base.
Une décision liée aux limites actuelles de Siri
Cette évolution intervient dans un contexte délicat pour Apple, encore en retrait face à ses concurrents sur le terrain de l’IA générative. Le groupe a récemment enrichi Siri avec certaines capacités de ChatGPT, offrant un accès ponctuel à des modèles de langage avancés. En parallèle, un partenariat stratégique avec Google devrait alimenter la prochaine génération de Siri grâce aux technologies d’IA développées à Mountain View.
Jusqu’à présent, ces collaborations sont restées relativement discrètes. L’ouverture de CarPlay, en revanche, offrirait une visibilité bien plus directe aux services tiers, en les intégrant à un usage quotidien et contextuel : la conduite automobile.
Des conséquences majeures pour l’écosystème automobile
L’intégration d’assistants conversationnels externes sur CarPlay pourrait redéfinir les attentes des conducteurs. Les écrans de bord ne se limiteraient plus à la navigation, aux appels ou à la musique, mais deviendraient de véritables interfaces d’accès à l’IA conversationnelle, capables de traiter des requêtes complexes sans manipulation du smartphone.
Cette évolution s’inscrit également dans un contexte de pressions réglementaires croissantes sur les pratiques anticoncurrentielles des grandes plateformes technologiques. En autorisant des alternatives à Siri, Apple anticipe certaines critiques tout en consolidant sa position de leader sur l’expérience utilisateur globale.
Innovation sous contrôle : la ligne de crête d’Apple
Malgré cette ouverture, Apple ne renonce pas à son principe fondamental : le contrôle strict des intégrations. Les assistants tiers devront se conformer à des critères de sécurité spécifiques à l’environnement automobile, notamment en matière de limitation des distractions visuelles et cognitives.
Les développeurs concernés devront probablement passer par un processus de validation renforcé, garantissant des interactions vocales fluides, pertinentes et adaptées à la conduite. Une manière pour Apple d’innover sans compromettre la sécurité, pierre angulaire de sa stratégie CarPlay.
Vers un habitacle toujours plus intelligent
Cette évolution préfigure une transformation plus large de l’habitacle connecté. Alors que les constructeurs automobiles développent leurs propres assistants embarqués, CarPlay devient un terrain d’expérimentation privilégié pour des interactions conversationnelles contextualisées.
Un conducteur pourrait, par exemple, demander à ChatGPT de suggérer un restaurant en fonction de ses préférences alimentaires, ou à Gemini de résumer un article pendant un trajet. Autant de scénarios illustrant l’intégration progressive de l’IA dans les gestes du quotidien, avec l’automobile comme nouveau point d’ancrage.
Un signal fort dans la course mondiale à l’IA
En ouvrant CarPlay à des acteurs externes, Apple envoie un message clair : l’innovation en intelligence artificielle passe parfois par l’assouplissement des frontières de l’écosystème fermé. Cette stratégie prudente — ouverture partielle sans abandon du contrôle — pourrait servir de modèle pour d’autres services jusqu’ici strictement verrouillés.
Reste à savoir si cette initiative s’inscrira dans la durée ou si elle constituera une étape transitoire, en attendant une refonte majeure de Siri capable de rivaliser pleinement avec ses concurrents. Quoi qu’il en soit, l’automobile s’impose désormais comme un nouveau champ de bataille pour l’IA conversationnelle, et Apple choisit, pour une fois, de jouer collectif plutôt que solitaire.
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