Depuis son annonce lors d’une présentation rapide en 2021, le nouveau projet d’Insomniac Games portait sur ses épaules des attentes colossales. Habitué au presque sans-faute point de vue critique avec les mondes ouverts grand public de la franchise Spider-Man, le studio californien sort ici de sa zone de confort en prenant un virage conceptuel radical et totalement assumé. Exit les vastes étendues urbaines et la liberté de mouvement absolue, place à une aventure classée pour adultes, viscérale, strictement linéaire et taillée dans la chair. Si cette prise de risque marque un léger coup d’arrêt dans l’habituelle critique autour du studio, le choix de tirer un trait sur l’exploration fait pourtant parfaitement sens. Quand on incarne un être aussi brut et direct que Logan, cette approche resserrée et canalisée sert le propos à merveille. Il s’agit d’un retour aux sources du jeu d’action-aventure classique, cherchant à nous plonger sans la moindre distraction au plus près de la psyché tourmentée du mutant.
Cette avis ce base sur la version PlayStation5 pro
Une narration intimiste portée par un casting magistral
L’une des plus grandes réussites de cette production réside dans son écriture et l’épaisseur donnée à son héros. Loin du simple cliché de la machine à tuer, le titre nous dévoile une vision de Logan beaucoup plus humaine, fragile et tourmentée par son passé, soutenue par un lore profondément travaillé et marqué. Marvel’s Wolverine place sa narration dans une temporalité où les X-men n’existent pas encore. Les mutants vivent cachés et doivent faire face à Bolivar Trask un milliardaire fanatique qui traque et kidnappe les mutants à travers le monde pour les étudier et les exterminer. Logan est donc de retour dans la Team X au côté de camarades emblématiques de la licence comme Mystique, Sabretooth ou encore Jean Grey. D’ailleurs, c’est au côté de Jean Grey que l’épisode prend tout son sens et montre l’évolution de la relation entre les deux mutants. On apprécie de découvrir cette complémentarité et surtout l’influence mutuelle qu’il se porte l’un envers l’autre. Ce tour de force émotionnel doit énormément à la performance d’acteur, et tout particulièrement à l’interprétation de Liam McIntyre dans le rôle de Logan le tout épaulé par une excellente version française. L’acteur parvient à insuffler une véritable âme à ce héros brisé, portant les moments calmes et introspectifs du scénario sur ses épaules. Malheureusement, la magie finit par s’estomper légèrement sur la longueur, ces séquences montrant leurs limites lorsque l’on commence à percevoir les boucles d’animation et les routines artificielles de ce petit monde.

L’art du carnage : Un gameplay viscéral mais entaché de frustrations
Manette en main, le premier contact avec les affrontements est une véritable décharge d’adrénaline. Le système de combat se révèle très dynamique, et s’appuie sur les mécaniques et le savoir-faire du studio insufflé dans l’adaptation des Spider-Man tout en respectant les codes de la licence Wolverine. De ce point de vue la proposition est fidèle a l’œuvre de base. On découpe ou déchiquete les ennemis qui tentent de barrer notre route avec une facilité et un plaisir inavoué, le tout sublimé par une mécanique de Rage particulièrement bien pensée qui rend les affrontements encore plus brutaux. Au fil des coups portés et des parades, esquives réussies, une jauge se remplit jusqu’à son point de rupture, libérant la pleine fureur de Logan pour en faire une machine à tuer inarrêtable. Cette sensation de puissance absolue est d’ailleurs décuplée par un sound design exceptionnel : le déchirement lourd des chairs, les rugissements de fureur et surtout le tintement métallique si caractéristique des griffes en adamantium s’entrechoquent rendent les affrontements organiquement jouissifs.
Cependant, cette indéniable réussite est rattrapée par des choix de design frustrants. Le dynamisme frénétique de l’action se retourne parfois contre le joueur en rendant les combats illisibles dans le feu de l’action lorsque Logan se retrouve encerclé par de nombreux ennemis. Ce chaos visuel est exacerbé par une caméra souvent mal placée, trop proche de l’action et qui a la fâcheuse tendance à se coincer dans les angles. La difficulté grimpe alors artificiellement, d’autant que le titre exige un timing serré pour valider les parades et les esquives. Le comble de l’agacement est atteint lors des exécutions : il est incompréhensible de continuer à subir des dégâts ennemis alors même que l’on est bloqué dans l’animation d’un finish move. Enfin, la boucle de gameplay des affrontements perd de son superbe au fil de l’aventure et devient très répétitif et n’offre pas d’évolution véritablement marquante et l’arbre ainsi que les améliorations de compétences qui accompagne l’évolution du personnage donne surtout l’impression d’avoir été intégré pour gonfler le contenu, sans jamais fondamentalement renouveler la chorégraphie des combats.
Le grand spectacle prisonnier de son propre script
Cette sensation d’enfermement ressentie lors des combats se propage à la structure globale de l’aventure. Le jeu souffre d’un level design extrêmement dirigiste qui ne laisse aucune marge de manœuvre au joueur, aboutissant à des situations frustrantes où la logique est sacrifiée sur l’autel de la mise en scène. L’exemple le plus représentatif reste les phases en moto. Si ces séquences sont d’une beauté cinématographique grâce à cette mise en scène, qui nous accompagne tout au long du jeu, elle s’avère atrocement scriptée. On se contente de suivre un chemin prédéfini sans jamais pouvoir donner une liberté d’action autre de ceux défini en avance et le côté grand spectacle vient gâcher le plaisir ludique en nous retirant le contrôle presque total de l’action à des moments clés

Une virée condensée et intense qui fait débat
Aborder une aventure aussi dirigiste soulève inévitablement la question de la durée de vie, un point qui divise fortement. Une nouvelle fois, le choix de ne pas proposer un monde ouvert comme pour Marvel’s Spider-man est assumé et logique sur certains aspects, mais réduit drastiquement le temps qu’on passera en jeu qui est généralement gonflé par des activités annexes spontanées, tout un tas de collectibles ennuyeuses ou encore de quêtes secondaires jugées répétitives. Il faut donc compter environ une quinzaine d’heures pour boucler la trame principale. Cette approche très condensée a l’immense mérite de maintenir un rythme haletant et de nous épargner le moindre temps mort ou de remplissage insipide. Néanmoins, les joueurs désormais habitués aux épopées interminables pourront ressentir un goût de trop peu une fois le générique de fin atteint. Heureusement, les complétistes pourront prolonger le plaisir de quelques heures en fouillant les niveaux pour débloquer une vaste collection de costumes iconiques tirés des comics. De plus, les « portes cauchemardesques », des failles dimensionnelles dissimulées tout au long de l’aventure, offrent des défis relevés (combats de survie ou courses frénétiques) permettant de repousser ses limites et de tester sa maîtrise absolue du gameplay, bien que la difficulté n’est pas réellement au rendez-vous pour maintenir le joueur assidu.
Une vitrine technologique de haut vol plombée par les bugs
Sur le plan purement esthétique, le constat est saisissant. Insomniac Games prouve sa maîtrise du matériel en livrant une œuvre graphiquement époustouflante qui tire pleinement parti de la puissance de la PS5 Pro. Pour ma part le titre à été fait avec l’option graphique placé sur fidélité pro. L’environnement, les textures, ou encore l’application du Ray-Tracing est bluffante et le titre reste fluide en tout instant. De plus, la modélisation des blessures qui se referment en temps réel et les jeux de lumière forcent le respect. Pourtant, ce vernis de perfection craquelle face à un manque de finition global très étonnant pour le studio et une production majeure de la maison PlayStation. L’expérience est régulièrement entachée par une intelligence artificielle à la ramasse, transformant des ennemis en simple obstacle générique et de simple clone. À cela s’ajoute un florilège de bugs techniques qui brisent net l’immersion : des éléments d’interface qui s’affichent mal, et surtout de graves problèmes de collisions où les adversaires traversent allègrement le sol ou les murs pour finir coincés dans le décor.

Conclusion : Un coup de griffe acéré, mais qui manque de précision
En définitive, Marvel’s Wolverine est une œuvre bâtie sur d’immenses contrastes. C’est incontestablement une lettre d’amour sanglante au personnage de Logan, dotée d’une réalisation visuelle de très haute volée, d’une ambiance sonore magistrale et de fulgurances narratives poignantes. Le pur plaisir primal de déployer ses lames en adamantium est bel et bien là. Malheureusement, ce très beau tableau est détérioré par une finition technique chancelante, un manque de lisibilité flagrant dans le feu de l’action et un dirigisme par moments étouffant. Insomniac Games signe ici un voyage intense et féroce, qui aurait simplement nécessité de plus longs mois de peaufinage pour que ses griffes soient aussi impeccablement affûtées que son ambition.
Verdict : 3.5/5

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