Google AI Overviews fait chuter le trafic des sites web et bouleverse le SEO

Les réponses générées par intelligence artificielle occupent une place croissante dans Google Search. En gardant les internautes sur sa propre plateforme, Google fragilise le trafic organique des médias, des blogs et des éditeurs en ligne.

Google n’est plus seulement la principale porte d’entrée vers Internet. À mesure que les réponses générées par intelligence artificielle gagnent du terrain, le moteur de recherche tend à devenir un espace où les internautes trouvent une information, approfondissent leur demande et terminent leur parcours sans nécessairement consulter les sites ayant fourni la matière première.

Pour les médias en ligne, les blogs, les commerces électroniques et tous les éditeurs dont l’activité dépend du référencement naturel, cette évolution représente un bouleversement considérable. La visibilité dans Google ne garantit plus automatiquement des visites. Un contenu peut être analysé, résumé et cité par l’intelligence artificielle du géant californien sans que l’utilisateur ressente le besoin de cliquer sur le lien d’origine.

Les AI Overviews, ces synthèses automatisées placées au-dessus des résultats traditionnels, ainsi que le mode conversationnel AI Mode modifient ainsi profondément le fonctionnement de la recherche en ligne. Google ne se contente plus d’orienter les internautes vers le Web : il ambitionne de leur fournir directement la réponse.

Google ne se limite plus à afficher une liste de liens

Pendant plus de deux décennies, la promesse du moteur de recherche reposait sur un principe relativement simple. L’internaute formulait une requête, puis Google lui présentait une sélection de liens susceptibles de répondre à sa question. Le service jouait le rôle d’intermédiaire entre l’utilisateur et les milliards de pages disponibles sur Internet.

Ce modèle n’a pas encore disparu, mais il s’efface progressivement derrière une expérience dominée par l’intelligence artificielle générative. Les résultats classiques restent présents, tandis que les réponses synthétiques occupent une place toujours plus importante au sommet de la page.

Selon les données rapportées par Similarweb, les AI Overviews sont désormais devenues un élément central du parcours de recherche. Après avoir saisi une question, l’internaute peut obtenir immédiatement une explication résumée à partir de plusieurs sources, puis poursuivre son exploration dans AI Mode, l’interface conversationnelle de Google.

Le moteur de Mountain View ne sert donc plus uniquement à découvrir des informations publiées ailleurs. Il collecte, organise, reformule et restitue lui-même les éléments susceptibles de satisfaire la requête.

Cette transformation dépasse largement l’ajout d’une fonctionnalité supplémentaire. Elle traduit un changement de modèle économique et éditorial : Google cherche désormais à conserver l’attention de l’utilisateur dans son propre environnement aussi longtemps que possible.

Les AI Overviews prennent la forme de réponses générées automatiquement à partir d’informations puisées dans différentes pages web. Elles peuvent résumer un sujet, comparer plusieurs produits, expliquer une notion ou proposer une série d’étapes sans obliger l’internaute à ouvrir un résultat.

Pour l’utilisateur, le bénéfice paraît immédiat. Au lieu de consulter plusieurs sites, de parcourir des articles parfois très longs et de confronter différentes sources, il obtient une synthèse directement intégrée à la page de résultats.

Cette simplicité explique en partie l’adoption rapide du dispositif. L’intelligence artificielle réduit le nombre d’actions nécessaires pour accéder à une information et transforme la recherche en une expérience plus conversationnelle.

Pour les éditeurs, la situation est nettement moins avantageuse. Leurs contenus peuvent contribuer à la fabrication d’une réponse sans que la visite, l’affichage publicitaire, l’abonnement ou la vente attendue ne se matérialisent.

Google conserve ainsi l’utilisateur tout en s’appuyant sur des informations produites par des tiers. La valeur éditoriale remonte vers le moteur, tandis que le trafic susceptible de rémunérer les créateurs diminue.

AI Mode prolonge la recherche sans quitter Google

AI Mode pousse cette logique encore plus loin. Après une première réponse, l’internaute peut poser une question complémentaire, demander une comparaison plus précise ou reformuler ses besoins comme il le ferait dans une conversation avec un assistant virtuel.

Le parcours devient continu. Il n’est plus nécessaire de revenir à la barre de recherche, d’ouvrir plusieurs onglets ou de visiter successivement différents sites. Google conserve le contexte de la demande et fournit de nouvelles synthèses à mesure que la conversation progresse.

Cette mécanique rapproche le moteur de recherche des assistants fondés sur l’intelligence artificielle générative. Elle répond également à l’évolution des usages : les internautes ne saisissent plus seulement quelques mots-clés, mais formulent des demandes complexes en langage naturel.

Une personne recherchant un ordinateur portable ne se contente plus nécessairement d’écrire « meilleur PC 2026 ». Elle peut demander quel modèle convient à la retouche photo, dispose d’une bonne autonomie, pèse moins de 1,5 kilogramme et reste adapté à un budget déterminé.

L’IA peut alors interpréter l’ensemble des critères, les hiérarchiser et produire une réponse structurée. Cette efficacité réduit mécaniquement le besoin de consulter les guides d’achat, les comparatifs et les fiches techniques dont les informations ont pourtant alimenté la synthèse.

La part des recherches accompagnées d’une réponse IA explose

Les chiffres attribués à Similarweb illustrent l’accélération du phénomène. En l’espace d’un an, la proportion de recherches Google affichant un AI Overview serait passée d’environ 15 % à 43 %.

Autrement dit, près d’une recherche sur deux pourrait désormais présenter une synthèse générée par intelligence artificielle, selon les marchés, les appareils et les catégories de requêtes analysées.

Cette progression rapide montre que les réponses IA ne constituent plus une expérimentation marginale. Elles s’installent au cœur de l’expérience Google et deviennent progressivement familières pour des centaines de millions d’utilisateurs.

L’audience d’AI Mode suivrait une trajectoire comparable. Le nombre de visites serait passé de 126 millions en juin 2025 à 279 millions en mai 2026.

En moins d’un an, la fréquentation de l’interface conversationnelle aurait donc plus que doublé. Cette croissance confirme l’intérêt du public pour une recherche capable de comprendre des questions détaillées et d’enchaîner plusieurs réponses contextualisées.

Les internautes changent leur manière d’interroger Google

L’arrivée de l’intelligence artificielle modifie également la forme même des recherches. Les requêtes tendent à s’allonger et à ressembler davantage à des phrases complètes.

Pendant longtemps, les utilisateurs ont appris à communiquer avec les moteurs à l’aide de formulations très condensées. Quelques termes suffisaient à déclencher une recherche : « météo Genève demain », « meilleur smartphone photo » ou « recette gâteau chocolat ».

Avec l’IA générative, ces formulations télégraphiques cèdent progressivement la place à des demandes plus naturelles. L’utilisateur peut expliquer son contexte, préciser ses contraintes et demander une réponse directement exploitable.

Il pourrait, par exemple, écrire : « Quel smartphone choisir pour prendre de bonnes photos de nuit, avec une autonomie de deux jours et un prix raisonnable ? »

Ce changement profite directement aux systèmes conversationnels. Plus la question contient d’informations, plus l’intelligence artificielle peut personnaliser sa réponse. La recherche devient moins fragmentée, mais aussi plus autonome par rapport aux pages traditionnelles.

Google passe d’un rôle d’aiguilleur à celui de destination

Cette évolution transforme profondément la fonction historique du moteur. Autrefois, Google organisait le Web et orientait les internautes vers les pages susceptibles de répondre à leurs attentes.

Désormais, le groupe américain capte une partie croissante de la lecture. Il récupère les informations, les résume et les restitue dans une interface qu’il contrôle intégralement.

Le changement peut paraître subtil, mais ses conséquences sont majeures. Dans le modèle traditionnel, la recherche produisait une visite. Dans le nouveau modèle, elle peut se conclure directement sur Google.

Cette tendance s’inscrit dans le développement des recherches dites « zéro clic », au terme desquelles l’utilisateur obtient suffisamment d’informations sur la page de résultats pour ne consulter aucun lien externe.

Les extraits enrichis, les cartes, les résultats sportifs, les prévisions météorologiques et les fiches d’établissement avaient déjà commencé à réduire le nombre de clics. Les AI Overviews généralisent désormais ce principe à des sujets bien plus complexes.

Les éditeurs constatent une érosion du trafic organique

Pour les médias, les blogs et les sites spécialisés, la principale conséquence est une diminution potentielle du trafic issu de Google.

Les réponses générées par intelligence artificielle peuvent citer une page sans provoquer de visite. L’internaute découvre éventuellement le nom du site, mais n’accède ni à son article complet, ni à ses publicités, ni à ses offres d’abonnement.

Cette distinction entre visibilité et trafic devient essentielle. Être mentionné dans une réponse IA peut renforcer la notoriété d’une marque, mais cette exposition ne remplace pas toujours les revenus générés par une audience réelle.

Pour de nombreux éditeurs, le référencement naturel repose sur une équation économique relativement directe : produire un contenu de qualité, apparaître dans les résultats Google, attirer des visiteurs puis monétiser cette audience.

Si Google prélève l’information tout en conservant l’utilisateur, cette chaîne de valeur est interrompue. Les coûts de rédaction, de vérification, d’hébergement et d’optimisation restent supportés par le site, alors que la plateforme dominante capte l’attention.

Les citations dans les réponses IA ne garantissent pas les clics

Le nombre de réponses générées par intelligence artificielle contenant au moins une citation aurait été multiplié par plus de cinq en un an. Cette progression pourrait, à première vue, sembler favorable aux éditeurs.

Une citation offre en effet une forme d’attribution. Elle permet à l’utilisateur d’identifier la provenance d’une information et, en théorie, de consulter la source pour obtenir davantage de détails.

Dans la pratique, la présence d’un lien ne suffit pas. Lorsque la synthèse répond déjà précisément à la question, l’internaute n’a aucune raison immédiate de quitter Google.

Le problème dépend aussi de la présentation. Un lien discret, placé à la fin d’un paragraphe ou derrière une icône, attire nécessairement moins l’attention qu’un résultat classique accompagné d’un titre, d’une description et d’une adresse visible.

Les éditeurs peuvent donc être davantage cités tout en recevant moins de visites. L’intelligence artificielle améliore l’attribution sans rétablir nécessairement la circulation vers les pages originales.

La presse et les sites d’information figurent parmi les premiers touchés

Les médias en ligne sont particulièrement exposés à cette transformation. Leur production repose sur des équipes de journalistes, des enquêtes, des reportages, des analyses et une veille permanente, autant d’activités coûteuses.

Lorsqu’une synthèse automatisée reprend les éléments essentiels d’un article, le lecteur peut estimer qu’il possède déjà suffisamment d’informations. La consultation de la source devient facultative.

Les contenus pratiques sont également vulnérables. Guides, tutoriels, comparatifs, recettes, conseils de voyage et définitions peuvent facilement être reformulés sous la forme d’une réponse structurée.

Plus un article répond à une question précise, plus il risque paradoxalement d’être efficacement résumé par une IA.

Les sites qui dépendaient fortement du trafic organique doivent donc repenser leur stratégie. Ils ne peuvent plus considérer Google comme un fournisseur stable de visiteurs, même lorsqu’ils apparaissent parmi les sources utilisées.

Les revenus publicitaires sont directement menacés

La baisse du trafic ne constitue pas seulement un problème de visibilité. Elle peut avoir des conséquences immédiates sur le chiffre d’affaires des éditeurs.

De nombreux sites gratuits se financent grâce à la publicité. Chaque visite génère des impressions, des clics potentiels et des données permettant de mesurer l’audience.

Lorsque l’internaute reste sur Google, aucune publicité du site n’est affichée. Le média supporte le coût de la production, tandis que la plateforme peut continuer à monétiser la page de résultats.

Les abonnements sont eux aussi concernés. Un lecteur qui ne visite jamais le site ne découvre pas son offre payante, ses newsletters ou ses contenus réservés.

Pour les boutiques en ligne et les comparateurs, l’impact peut également se traduire par une diminution des ventes et des commissions d’affiliation. Si l’IA recommande directement un produit ou résume un comparatif, les étapes conduisant à l’achat peuvent se dérouler sans passer par la page d’origine.

Le référencement naturel entre dans une nouvelle ère

L’essor des AI Overviews remet en question les règles traditionnelles du SEO. Pendant des années, les stratégies de référencement se sont concentrées sur les mots-clés, les liens entrants, la structure des pages et l’optimisation technique.

Ces éléments restent importants, mais ils ne suffisent plus. Les éditeurs doivent désormais penser à la manière dont leurs contenus seront interprétés, synthétisés et cités par les systèmes d’intelligence artificielle.

Cette nouvelle discipline est parfois désignée par les expressions GEO, pour Generative Engine Optimization, ou AEO, pour Answer Engine Optimization. Elle vise à rendre une information suffisamment claire, structurée et crédible pour être reprise par les moteurs génératifs.

L’objectif n’est plus uniquement d’obtenir la première position dans une liste de résultats. Il faut aussi devenir une source identifiable dans la réponse automatisée et, surtout, donner à l’utilisateur une raison de consulter l’article complet.

Cette dernière étape demeure la plus difficile. Une page doit proposer une valeur que l’IA ne peut pas entièrement condenser : expertise originale, témoignages, données exclusives, outils interactifs, illustrations, analyses approfondies ou expérience éditoriale forte.

Les contenus génériques risquent de perdre une grande partie de leur audience

Les articles qui se contentent de reformuler des informations déjà disponibles sont particulièrement menacés. Une intelligence artificielle peut facilement agréger plusieurs contenus similaires et en produire une synthèse satisfaisante.

À l’inverse, les enquêtes, les tests réalisés en conditions réelles, les interviews exclusives et les analyses reposant sur des données propriétaires restent plus difficiles à remplacer.

Pour les médias technologiques, cette évolution pourrait renforcer l’importance des essais, des mesures originales et des prises de position clairement argumentées.

Un article expliquant simplement les caractéristiques d’un produit peut être résumé par Google. Un test détaillé comprenant des photographies originales, des mesures d’autonomie, des observations pratiques et une conclusion éditoriale conserve davantage de valeur.

La concurrence ne se joue donc plus seulement entre sites web. Les éditeurs doivent également rivaliser avec les synthèses que les moteurs produisent à partir de leurs propres contenus.

Cloudflare organise la riposte contre les robots d’intelligence artificielle

Face à l’utilisation massive des contenus par les modèles génératifs, certains acteurs de l’infrastructure web cherchent à redonner davantage de contrôle aux éditeurs.

Cloudflare a notamment développé des outils permettant de bloquer les robots d’exploration utilisés par les entreprises d’intelligence artificielle. Les propriétaires de sites peuvent ainsi empêcher certains systèmes d’accéder automatiquement à leurs pages.

Le groupe propose également un modèle dans lequel les entreprises souhaitant exploiter ces contenus devraient rémunérer les éditeurs par l’intermédiaire d’une place de marché.

Le principe est simple : l’accès à des articles, des images ou des bases de données ne devrait plus être considéré comme automatiquement gratuit lorsqu’il sert à alimenter des produits commerciaux d’intelligence artificielle.

Cette approche tente de recréer une forme de rapport de force. Individuellement, un petit site dispose de peu de moyens pour négocier avec Google, OpenAI ou d’autres groupes mondiaux. Une infrastructure intermédiaire pourrait centraliser les règles d’accès et faciliter la rémunération.

Le blocage des crawlers IA présente aussi des risques

Empêcher les robots d’intelligence artificielle d’explorer un site n’est toutefois pas une décision sans conséquence.

Un éditeur qui bloque ces systèmes protège potentiellement ses contenus contre une utilisation non souhaitée, mais il peut aussi disparaître des réponses génératives et perdre une nouvelle source de visibilité.

Le dilemme est complexe. Autoriser l’accès peut conduire à une exploitation sans trafic suffisant. Le refuser risque d’exclure le site d’un mode de recherche appelé à prendre de l’importance.

Les grands médias disposent parfois d’une notoriété suffisante pour négocier des licences ou attirer directement leurs lecteurs. Les acteurs plus modestes restent davantage dépendants des plateformes pour être découverts.

La riposte ne pourra donc probablement pas reposer uniquement sur le blocage. Elle devra aussi inclure de nouveaux modèles de rémunération, des accords de licence et une évolution du cadre juridique relatif à l’utilisation des contenus.

ChatGPT apporte un contre-exemple encore partiel

Les données concernant ChatGPT offrent une nuance intéressante. En mai 2026, seulement 6,8 % des requêtes effectuées depuis un ordinateur aux États-Unis auraient inclus des citations.

Ce niveau relativement faible montre que de nombreuses réponses produites par l’assistant ne dirigeaient pas encore explicitement les utilisateurs vers des pages externes.

Certaines catégories semblaient toutefois mieux représentées, notamment le sport, le voyage et le commerce. Dans ces domaines, les informations changent rapidement ou nécessitent souvent une consultation directe des sites concernés.

La situation aurait évolué après une mise à jour de la fonction de recherche déployée le 7 mai. La proportion des visites américaines sur ordinateur aboutissant réellement à des pages web serait passée d’environ 25 % en mars 2026 à près de 60 % au 30 mai.

Cette progression suggère qu’une interface mettant davantage en valeur les liens peut modifier le comportement des utilisateurs. Lorsque les sources sont visibles, bien présentées et intégrées naturellement à la réponse, les internautes continuent à les consulter.

Les liens traditionnels restent efficaces lorsqu’ils demeurent visibles

L’exemple de ChatGPT montre que la disparition des clics n’est pas une fatalité inhérente à l’intelligence artificielle. Elle dépend en grande partie de la manière dont les plateformes conçoivent leur interface.

Un lien clairement affiché, accompagné d’un titre explicite et intégré au bon moment dans la réponse, peut encore attirer une part importante des utilisateurs.

À l’inverse, une citation réduite à une référence secondaire encourage la consommation directe de la synthèse plutôt que la consultation du contenu complet.

La bataille pour le trafic se joue donc aussi dans les choix de design. Les plateformes peuvent décider de favoriser un écosystème ouvert, dans lequel les réponses IA servent de point de départ, ou un environnement fermé, où elles deviennent une destination finale.

Chez Google, la tendance de fond semble privilégier la rétention. Le groupe cherche à enrichir continuellement sa page de résultats pour éviter que l’internaute n’ait besoin de la quitter.

Google devient simultanément arbitre, lecteur et éditeur

La position de Google dans cet écosystème soulève une question structurelle. Le groupe classe les contenus, les analyse, les résume et les présente dans une interface où il commercialise également de la publicité.

Il cumule ainsi plusieurs fonctions autrefois séparées. Il est à la fois intermédiaire, distributeur et producteur de réponses synthétiques.

Cette concentration du pouvoir peut créer un déséquilibre avec les éditeurs. Ceux-ci dépendent de Google pour être découverts, mais se retrouvent également en concurrence avec les réponses fabriquées par le moteur à partir de leurs informations.

Le conflit d’intérêts est évident. Plus Google répond efficacement, moins l’utilisateur a besoin de visiter les sources. Mais sans producteurs de contenus suffisamment rémunérés, la qualité et la diversité des informations disponibles pourraient finir par diminuer.

Le moteur dépend donc d’un écosystème qu’il contribue simultanément à fragiliser.

La qualité du Web pourrait souffrir de la baisse du trafic

Si les sites ne parviennent plus à financer leur production, certains réduiront leurs effectifs, diminueront le nombre d’articles ou abandonneront des sujets jugés insuffisamment rentables.

À long terme, cette contraction pourrait affaiblir les sources mêmes dont les intelligences artificielles ont besoin pour produire leurs réponses.

Les modèles génératifs ne créent pas seuls l’information primaire. Ils s’appuient sur des articles, des études, des bases de données, des vidéos, des forums et des contenus rédigés par des individus ou des organisations.

Si la production originale devient économiquement intenable, l’écosystème risque de se remplir de synthèses dérivées les unes des autres. La qualité pourrait se dégrader, tandis que les erreurs et les approximations seraient répétées à grande échelle.

La protection du trafic des éditeurs ne concerne donc pas uniquement leurs intérêts commerciaux. Elle touche aussi à la pérennité d’un Web diversifié, documenté et régulièrement mis à jour.

Les sites doivent renforcer leur relation directe avec leur audience

Face à la dépendance croissante envers les moteurs et les plateformes, les éditeurs cherchent à développer des canaux de distribution plus directs.

Les newsletters, les notifications, les applications mobiles, les abonnements et les communautés permettent de conserver un lien avec les lecteurs sans passer systématiquement par Google.

Cette stratégie devient essentielle. Un visiteur occasionnel envoyé par un moteur peut disparaître du jour au lendemain à la suite d’une mise à jour algorithmique. Un abonné à une newsletter ou un membre enregistré reste plus facile à joindre.

Les marques éditoriales doivent également devenir suffisamment identifiables pour que les internautes les recherchent directement. La notoriété, la confiance et la spécialisation constituent des protections face à la banalisation des contenus.

Un site connu pour la qualité de ses tests ou de ses analyses peut continuer à attirer des lecteurs même lorsque Google fournit une réponse rapide. L’utilisateur vient alors chercher une expertise, une voix et une expérience qu’une synthèse automatisée ne restitue pas entièrement.

Le futur du SEO dépendra de la valeur irremplaçable des contenus

L’optimisation pour les moteurs de recherche ne disparaît pas, mais elle change de nature. Les contenus conçus uniquement pour répondre à une requête simple deviennent plus vulnérables aux réponses générées automatiquement.

Les éditeurs devront produire des pages capables de dépasser la simple transmission d’informations. Les données exclusives, les analyses comparatives, les témoignages, les images originales et les outils interactifs gagneront en importance.

Il faudra également structurer clairement les articles pour faciliter leur compréhension par les moteurs tout en conservant suffisamment de profondeur pour encourager le clic.

Un bon contenu devra répondre rapidement à la question de l’utilisateur, mais aussi lui montrer qu’une lecture complète lui apportera davantage qu’un résumé.

Cette tension sera au cœur du référencement dans les prochaines années : être suffisamment clair pour être cité, sans devenir si facilement synthétisable que la visite perde tout intérêt.

Google Search devient progressivement une plateforme fermée

La trajectoire actuelle montre que Google cherche à transformer son moteur en une plateforme complète de consultation et d’interaction.

La recherche commence par une question, se poursuit dans une réponse générée par intelligence artificielle et peut se prolonger dans AI Mode sans quitter l’environnement du groupe.

Ce modèle est cohérent avec les intérêts de Google. Plus l’utilisateur reste longtemps sur ses services, plus l’entreprise peut collecter des signaux, personnaliser l’expérience et afficher des publicités.

Pour les sites, la conséquence est plus préoccupante. Le moteur reste indispensable à leur visibilité, mais il devient moins généreux en trafic.

La relation autrefois fondée sur un échange implicite — le site fournit du contenu, Google lui apporte des visiteurs — paraît de plus en plus déséquilibrée.

Les réponses IA redéfinissent l’économie du Web

La montée en puissance des AI Overviews et d’AI Mode ne représente donc pas une simple évolution de l’interface de Google. Elle remet en question l’un des mécanismes économiques fondamentaux du Web ouvert.

Pendant des années, les éditeurs ont accepté l’exploration et l’indexation de leurs pages en échange d’une exposition susceptible de générer des visites.

Lorsque l’information est désormais consommée directement dans le moteur, cet échange perd une partie de sa valeur. Google bénéficie toujours du contenu, mais le site ne reçoit plus systématiquement l’audience correspondante.

Les initiatives de Cloudflare, les négociations de licences et les débats réglementaires traduisent cette tension croissante. Les créateurs de contenus souhaitent conserver un contrôle sur l’usage de leur travail et obtenir une rémunération lorsqu’il alimente des services commerciaux.

Google devient la destination finale de la recherche

La tendance actuelle est claire : Google ne veut plus seulement guider l’internaute vers une réponse. Il souhaite être l’endroit où cette réponse est formulée, approfondie et consommée.

Les AI Overviews accélèrent cette transition en fournissant des synthèses immédiates, tandis qu’AI Mode permet de prolonger la recherche sous la forme d’un dialogue.

Pour les internautes, cette évolution apporte davantage de simplicité et de rapidité. Pour les éditeurs, elle se traduit par une érosion potentielle du trafic, des revenus et du lien direct avec leur audience.

Le contre-exemple partiel de ChatGPT montre que l’intelligence artificielle peut encore soutenir la circulation vers les sites lorsque les liens sont clairement mis en avant. Mais chez Google, la logique dominante semble être celle de la rétention.

Le moteur de recherche historique devient progressivement un moteur de réponses. Pour les médias et les sites web, le défi ne consiste plus seulement à apparaître dans Google, mais à convaincre l’utilisateur que la source originale mérite encore d’être visitée.

A propos Eric Rivera

Rédacteur en chef et journaliste RP, ma passion pour les jeux vidéo et la technologie ne faiblit pas depuis mon adolescence, qui me semble pourtant bien lointaine. Un recul cependant intéressant, puisqu'il me permet de jauger les nouveautés avec un regard plein d'expérience, couplé à une envie d'écrire de tous les jours.

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