Meta prépare une refonte majeure de Facebook avec un flux de vidéos verticales affiché dès l’ouverture de l’application. Cette nouvelle interface inspirée de TikTok doit aider le réseau social à enrayer la fuite de ses utilisateurs et à relancer l’engagement.
Facebook s’apprête à engager l’une des transformations les plus profondes de son histoire récente. Confronté à l’ascension fulgurante de TikTok et au succès persistant des plateformes spécialisées dans les vidéos courtes, le réseau social historique de Meta prépare une nouvelle interface largement centrée sur les contenus verticaux en plein écran.
Plus tard dans l’année, le groupe américain testera auprès de certains utilisateurs une « expérience réimaginée » qui affichera directement un flux vidéo immersif dès l’ouverture de l’application Facebook. Une approche qui rappelle sans ambiguïté le fonctionnement de TikTok, devenu en quelques années la référence mondiale de la consommation de vidéos courtes sur smartphone.
Cette évolution ne constitue pas un simple ajustement graphique. Elle illustre une réorientation stratégique majeure pour Facebook, qui tente de renouveler son image, de reconquérir les jeunes générations et de retenir une audience de plus en plus attirée par des services concurrents.
Facebook veut adopter une interface vidéo proche de celle de TikTok
Dans sa nouvelle configuration, Facebook pourrait abandonner, au moins temporairement, l’affichage traditionnel du fil d’actualité lors du lancement de l’application. Certains membres seraient directement plongés dans une succession de vidéos verticales occupant la totalité de l’écran, à la manière du célèbre flux « Pour toi » de TikTok.
L’utilisateur n’aurait plus nécessairement besoin de sélectionner l’onglet Reels pour accéder aux contenus audiovisuels. La vidéo deviendrait immédiatement le principal point d’entrée de la plateforme, avec une navigation probablement fondée sur des gestes verticaux permettant de passer rapidement d’une publication à la suivante.
Meta présente cette interface comme une expérience repensée destinée à mieux correspondre aux nouveaux usages numériques. Le groupe reconnaît que la vidéo n’est plus seulement un format de divertissement parmi d’autres : elle est devenue un espace central où naissent les discussions, se développent les communautés et émergent de nouvelles pratiques commerciales.
Les marques, les créateurs de contenu et les particuliers utilisent désormais les formats courts pour informer, divertir, vendre des produits ou susciter des interactions. Facebook veut donc replacer ce type de contenu au cœur de son application plutôt que de le cantonner à une rubrique secondaire.
Meta cherche à retenir une audience attirée par TikTok
Cette refonte répond avant tout à une préoccupation majeure : l’érosion de l’audience de Facebook. Selon les chiffres mentionnés par Meta, la plateforme aurait perdu 20 millions d’utilisateurs au premier trimestre 2026.
Cette diminution reste à replacer dans le contexte d’un réseau social qui compte toujours une audience mondiale considérable. Elle représente néanmoins un signal préoccupant pour une entreprise dont le modèle économique dépend étroitement de l’engagement, du temps passé dans l’application et de la quantité de données publicitaires générées par ses membres.
Les habitudes de consommation ont profondément évolué. Les internautes, notamment les plus jeunes, privilégient de plus en plus des contenus rapides, visuels et immédiatement accessibles. Les vidéos courtes ont remplacé une partie des publications textuelles, des albums photo et des liens externes qui dominaient autrefois le fil Facebook.
TikTok a parfaitement accompagné cette mutation grâce à un algorithme de recommandation capable de proposer en permanence des contenus adaptés aux goûts supposés de chaque utilisateur. Facebook cherche désormais à reproduire cette fluidité afin d’éviter que ses membres ne quittent l’application pour consulter des vidéos sur une plateforme concurrente.
La nouvelle interface Facebook restera désactivable
Meta assure toutefois que cette transformation ne sera pas immédiatement imposée à l’ensemble de sa communauté. La nouvelle expérience vidéo devrait d’abord être testée auprès d’un nombre limité d’utilisateurs avant un éventuel déploiement à plus grande échelle.
Les personnes concernées pourront normalement désactiver cette interface et revenir à une présentation plus conventionnelle. Le fil d’actualité classique, composé des publications d’amis, de Pages et de Groupes, restera accessible en un seul geste ou en sélectionnant un onglet spécifique.
Cette possibilité de revenir en arrière pourrait permettre à Meta de limiter le rejet des utilisateurs historiques, dont certains restent attachés au fonctionnement traditionnel de Facebook. Tous ne souhaitent pas nécessairement découvrir une succession de vidéos dès l’ouverture de l’application.
Une incertitude demeure néanmoins. La possibilité de désactiver l’expérience sera-t-elle conservée après la phase de test ou s’agira-t-il seulement d’une mesure transitoire destinée à faciliter l’acceptation de la nouvelle interface ? Meta n’a pas encore précisé la forme définitive que prendra cette option.
Facebook reconnaît indirectement l’influence de TikTok
Cette transformation ressemble à un véritable aveu de faiblesse pour le groupe américain. Pendant plusieurs années, les dirigeants de Meta ont minimisé l’influence de TikTok et défendu l’idée que Facebook restait la plateforme de référence dont les concurrents cherchaient à reproduire les mécanismes.
En 2022, Tom Alison, le responsable de Facebook, déclarait notamment avoir davantage l’impression de voir TikTok courir après Facebook que l’inverse. Les évolutions intervenues depuis donnent toutefois une lecture bien différente de la situation.
Meta a d’abord introduit les Reels sur Instagram afin de proposer une alternative directe aux vidéos verticales de TikTok. Le format a ensuite été intégré à Facebook, où il occupe désormais une place croissante.
Avec cette nouvelle interface immersive, le groupe franchirait une étape supplémentaire. Il ne s’agirait plus seulement d’ajouter un format concurrent au sein d’une plateforme existante, mais de remodeler l’expérience générale de Facebook autour des codes popularisés par son rival chinois.
TikTok a bouleversé les usages des réseaux sociaux
TikTok s’est imposé à une vitesse rarement observée dans l’histoire des plateformes sociales. Le service a franchi le cap du milliard d’utilisateurs mensuels en quelques années seulement, beaucoup plus rapidement que Facebook à ses débuts.
Son succès repose notamment sur une approche différente de celle des réseaux sociaux traditionnels. L’utilisateur n’a pas besoin de constituer un vaste réseau d’amis ou de s’abonner à de nombreux comptes pour accéder à des contenus pertinents.
Dès l’ouverture de l’application, l’algorithme analyse les comportements, les vidéos regardées, les réactions et le temps passé sur chaque publication afin d’affiner continuellement ses recommandations. Cette mécanique crée une consommation très fluide, parfois difficile à interrompre.
Facebook s’est historiquement développé autour des relations personnelles et des contenus publiés par des proches. La nouvelle interface montre que Meta cherche désormais à accorder une place plus importante aux recommandations algorithmiques et aux publications provenant de personnes que l’utilisateur ne connaît pas nécessairement.
Le réseau social évolue ainsi d’une plateforme fondée sur les connexions personnelles vers un service davantage centré sur la découverte de contenus.
Une transformation risquée pour l’identité de Facebook
Ce virage stratégique pourrait permettre à Facebook de rajeunir son audience et d’augmenter le temps passé dans l’application. Il comporte néanmoins plusieurs risques.
En adoptant une interface similaire à celle de TikTok, le réseau social pourrait perdre une partie de ce qui le distingue encore de ses concurrents. Les utilisateurs qui viennent principalement pour suivre leur famille, leurs amis, des associations locales ou des groupes thématiques risquent de se sentir relégués derrière une avalanche de recommandations vidéo.
La multiplication des contenus algorithmiques a déjà suscité des critiques sur Instagram. De nombreux utilisateurs avaient demandé à Meta de remettre davantage en avant les publications des comptes auxquels ils étaient réellement abonnés.
Facebook devra donc trouver un équilibre délicat entre la découverte de nouvelles vidéos et la conservation de son rôle historique de réseau relationnel. Une copie trop littérale de TikTok pourrait renforcer l’impression que Meta manque d’idées originales, tandis qu’une adaptation insuffisante ne permettrait pas de retenir les utilisateurs attirés par les plateformes plus modernes.
Meta renforce aussi Facebook Marketplace avec l’intelligence artificielle
La vidéo ne représente pas le seul levier activé par Meta pour relancer Facebook. À l’occasion des dix ans de Facebook Marketplace, le groupe prépare également de nouveaux outils destinés aux vendeurs.
Une application baptisée Seller doit notamment faciliter la création et la gestion des annonces grâce à l’intelligence artificielle. Le service pourrait aider les utilisateurs à rédiger des descriptions, à sélectionner les informations les plus pertinentes ou à améliorer la présentation des objets proposés.
L’IA pourrait également suggérer un prix de vente à partir de produits similaires, de l’état déclaré de l’article et des tendances observées sur la plateforme. L’objectif est de réduire le temps nécessaire à la publication d’une annonce tout en améliorant sa visibilité auprès des acheteurs potentiels.
Facebook Marketplace constitue un atout important pour Meta. Contrairement à d’autres fonctions du réseau social, le service reste particulièrement utilisé pour les transactions locales, la vente d’objets d’occasion et la recherche de bonnes affaires.
En renforçant cet espace commercial, l’entreprise cherche à maintenir une utilité concrète qui dépasse la simple consultation de vidéos ou de publications sociales.
De nouveaux outils pour les Groupes et les créateurs
Meta prépare parallèlement plusieurs applications et services spécialisés afin de mieux répondre aux besoins de certaines catégories d’utilisateurs.
Un outil baptisé Forum devrait enrichir l’expérience des Groupes Facebook. Ces communautés restent l’un des piliers les plus solides du réseau social, notamment pour les associations, les passionnés, les habitants d’une même région ou les personnes partageant des centres d’intérêt communs.
Le groupe travaille également sur une nouvelle version de Creator Studio. Cette plateforme permet aux créateurs, aux médias et aux administrateurs de Pages de programmer leurs publications, de suivre leurs performances et de gérer leurs contenus.
La refonte pourrait intégrer davantage d’outils liés à l’intelligence artificielle, à la monétisation et à l’analyse des audiences. Meta veut encourager les producteurs de contenus à rester sur Facebook plutôt que de concentrer leurs efforts sur TikTok, YouTube ou Instagram.
La présence de créateurs actifs est essentielle pour alimenter le futur flux vidéo. Sans contenus attractifs et régulièrement renouvelés, la nouvelle interface risquerait de manquer rapidement d’intérêt.
L’intelligence artificielle s’étend à toutes les fonctions de Facebook
Comme sur les autres plateformes de Meta, l’intelligence artificielle devient progressivement omniprésente dans Facebook.
Elle ne se limite plus à l’algorithme chargé de classer les publications. Elle intervient désormais dans la création d’annonces Marketplace, les recommandations de profils, la modération, l’assistance aux créateurs et la personnalisation de l’expérience.
Dans Facebook Rencontres, l’IA pourrait par exemple proposer des profils jugés compatibles à partir des préférences, des interactions et des informations renseignées par les utilisateurs.
Pour Meta, cette automatisation doit améliorer la pertinence des recommandations et réduire les efforts nécessaires pour utiliser chaque service. Elle permet également à l’entreprise de mieux exploiter les données collectées au sein de son vaste écosystème.
Cette généralisation soulève cependant des questions sur la transparence des algorithmes, la protection des informations personnelles et le risque d’enfermement dans des recommandations trop étroitement personnalisées.
Facebook Verified veut restaurer la confiance entre les utilisateurs
Meta cherche également à répondre aux inquiétudes liées aux faux comptes, aux arnaques et à l’usurpation d’identité.
La société déploie une nouvelle formule appelée Facebook Verified. Contrairement à Meta Verified, l’abonnement payant lancé précédemment par le groupe, ce badge serait accessible gratuitement après une procédure de vérification par selfie.
Le principe consiste à confirmer qu’une personne réelle se trouve bien derrière le profil concerné. Une fois l’identité vérifiée, le compte reçoit un badge destiné à rassurer les autres utilisateurs.
Cette mesure pourrait être particulièrement utile sur Facebook Marketplace, dans les Groupes ou sur Facebook Rencontres, où les interactions entre inconnus peuvent exposer les internautes à des tentatives de fraude.
Le système ne garantit toutefois pas que la personne vérifiée soit honnête ou que toutes les informations publiées sur son profil soient exactes. Il atteste seulement que le compte est rattaché à un individu ayant réussi la procédure de contrôle.
Meta devra également expliquer comment les selfies seront stockés, analysés et supprimés afin de rassurer les utilisateurs sur le traitement de leurs données biométriques.
Facebook cherche à redevenir incontournable
Les différentes nouveautés annoncées ou testées dessinent une stratégie relativement claire. Meta ne veut plus que Facebook soit perçu comme un réseau social vieillissant essentiellement utilisé pour consulter des souvenirs, participer à des Groupes ou vendre des objets d’occasion.
L’entreprise cherche à transformer la plateforme en un écosystème réunissant vidéo, commerce, communautés, rencontres et création de contenus. L’intelligence artificielle doit relier ces différents services et personnaliser l’expérience de chaque membre.
La future interface en plein écran constitue la manifestation la plus visible de cette évolution. Elle montre que Facebook considère désormais la vidéo courte comme le principal moteur de l’engagement.
Cette stratégie peut sembler logique au regard du succès de TikTok, de YouTube Shorts et des Reels d’Instagram. Elle démontre aussi les difficultés rencontrées par Meta pour imposer une nouvelle tendance plutôt que de suivre celles initiées par ses concurrents.
Facebook peut-il réellement rattraper TikTok ?
Le simple fait d’adopter une interface proche de TikTok ne garantit pas que Facebook parviendra à inverser la tendance.
TikTok ne doit pas uniquement son succès à son affichage vertical. La plateforme bénéficie d’une culture propre, d’un algorithme particulièrement efficace et d’une communauté de créateurs habituée à produire des contenus spécifiquement conçus pour ses codes.
Facebook dispose néanmoins d’atouts considérables. Son audience mondiale reste immense, son infrastructure publicitaire est extrêmement développée et ses services couvrent de nombreux usages complémentaires.
Meta peut également s’appuyer sur Instagram, WhatsApp et Messenger pour promouvoir ses nouveaux formats et faire circuler les contenus d’une plateforme à l’autre.
Le principal défi sera culturel. Facebook reste associé à une génération plus âgée, aux publications familiales et aux échanges communautaires. Une interface vidéo ne suffira pas nécessairement à modifier cette perception auprès des adolescents et des jeunes adultes.
Une métamorphose stratégique plus qu’un simple changement d’apparence
La future interface de Facebook ne représente donc pas une simple modernisation esthétique. Elle traduit une transformation plus profonde de la plateforme et de ses priorités.
Le réseau social historique de Meta s’éloigne progressivement du fil d’actualité chronologique centré sur les amis pour privilégier un flux algorithmique composé de vidéos recommandées. Il cherche à prolonger les sessions, à attirer de nouveaux créateurs et à mieux concurrencer TikTok.
Parallèlement, Facebook renforce ses outils commerciaux, ses Groupes, ses fonctions de rencontres et ses systèmes de vérification. L’intelligence artificielle devient le moteur commun de ces différents services.
Cette stratégie peut offrir un nouveau souffle à une plateforme confrontée à l’évolution rapide des usages. Elle risque aussi de déstabiliser les utilisateurs qui continuent à apprécier Facebook pour ce qu’il était à l’origine : un moyen simple de garder le contact avec ses proches et ses communautés.
Facebook joue une partie décisive face à TikTok
En testant une interface vidéo en plein écran dès l’ouverture de son application, Facebook accepte ouvertement de reprendre les codes de son principal rival. La plateforme ne tente plus de dissimuler l’influence exercée par TikTok sur ses choix de conception.
Cette décision montre l’urgence ressentie par Meta face au recul de l’engagement et à la migration d’une partie du public vers des services plus dynamiques. Le groupe espère que la vidéo courte, l’intelligence artificielle et de nouveaux outils spécialisés permettront de redonner de l’attractivité à son réseau social historique.
Le résultat dépendra de la capacité de Facebook à proposer autre chose qu’une imitation. Pour convaincre, la plateforme devra associer la fluidité des vidéos courtes à ses propres forces : les Groupes, Marketplace, les relations personnelles et son immense base d’utilisateurs.
Facebook s’apprête ainsi à jouer une carte particulièrement risquée. En cherchant à devenir davantage comme TikTok, le réseau social pourrait retrouver une partie de son audience. Il pourrait aussi diluer encore davantage son identité et donner l’impression de courir définitivement derrière les tendances façonnées par ses concurrents.
s2pmag Multimedia Lifestyle