Les experts alertent sur la prolifération de sites utilisant l’intelligence artificielle pour générer des contenus trompeurs, brouillant la frontière entre information fiable et production automatisée.
Une récente enquête menée par la société de cybersécurité DoubleVerify met en lumière l’essor préoccupant d’un phénomène désormais connu sous le nom d’“AI slop”, désignant des contenus générés par intelligence artificielle à faible valeur éditoriale. Selon les conclusions des chercheurs, plus de 200 sites web auraient recours à un système automatisé visant à générer massivement du trafic et des revenus publicitaires.
Derrière l’apparence anodine de blogs lifestyle ou de pseudo-médias d’information, se dissimule en réalité un réseau structuré et coordonné, identifié sous l’appellation AutoBait. Ce dispositif repose sur une production industrielle de contenus, orchestrée par des algorithmes.
Un réseau de “content farms” automatisées pilotées par l’IA
À première vue, ces plateformes semblent proposer des articles classiques. Pourtant, l’enquête révèle un mode opératoire particulièrement sophistiqué, fondé sur l’automatisation complète de la production de contenus.
Les sites incriminés utilisent des outils d’intelligence artificielle générative pour produire à grande échelle :
- des articles rédigés automatiquement,
- des images synthétiques,
- des diaporamas au format attractif et souvent trompeur.
Plus troublant encore, les chercheurs ont découvert, en analysant le code source de ces pages, des instructions directement adressées aux modèles d’IA. Ces consignes incitent les systèmes à générer des contenus volontairement sensationnalistes, jouant sur des ressorts émotionnels tels que l’urgence, la peur ou la curiosité afin de maximiser le taux de clics.
Une économie du clic ultra-rentable grâce à l’intelligence artificielle
Au-delà de la dimension technique, ce modèle repose sur une logique économique redoutablement efficace. Selon les experts, le coût de production d’une page générée par IA ne dépasserait pas 2,25 dollars, un montant dérisoire au regard des revenus potentiels issus de la publicité en ligne.
Là où la production de contenu nécessitait auparavant des équipes rédactionnelles, quelques scripts automatisés et des instructions textuelles suffisent désormais à alimenter des centaines de sites web.
L’objectif n’est nullement d’informer, mais bien de capter l’attention des internautes afin de générer un maximum d’impressions publicitaires. Dans ce système, la quantité prime largement sur la qualité éditoriale.
Un autre enjeu majeur concerne les annonceurs, dont les publicités peuvent se retrouver diffusées sur ces plateformes sans contrôle direct, exposant ainsi les marques à des environnements de faible crédibilité.
Des techniques avancées pour capter et retenir l’attention
Ce qui distingue ces nouveaux réseaux de content farms basées sur l’IA, c’est leur capacité à imiter les codes du journalisme et du contenu viral avec un niveau de sophistication inédit.
Les analyses menées par DoubleVerify mettent en évidence plusieurs stratégies récurrentes :
- des accroches volontairement sensationnalistes destinées à capter immédiatement l’attention ;
- l’utilisation d’émotions fortes (peur, surprise, urgence) pour encourager l’engagement ;
- la multiplication de formats interactifs et cliquables, comme les diaporamas ou les visuels trompeurs ;
- une structuration du contenu pensée pour maximiser le temps passé sur la page.
L’ensemble de ces techniques vise à manipuler les comportements des internautes dans une logique purement quantitative.
“AI slop” : un défi majeur pour la fiabilité de l’information en ligne
La montée en puissance de ces contenus automatisés générés par intelligence artificielle soulève des enjeux majeurs pour l’écosystème numérique. À mesure que les technologies progressent, la frontière entre information fiable et contenu artificiel devient de plus en plus difficile à distinguer.
Pour les internautes comme pour les professionnels de la publicité, identifier ces pratiques relève désormais du défi. Ce phénomène alimente les craintes d’un internet saturé de contenus sans valeur ajoutée, où la production de masse supplante la rigueur éditoriale.
Dans ce contexte, la question centrale demeure celle de la préservation de la qualité de l’information en ligne, à l’heure où l’intelligence artificielle permet une industrialisation sans précédent de la création de contenus.
s2pmag Multimedia Lifestyle