Vouloir ressusciter une légende comme Screamer trente et un ans après l’avoir fait vibrer sur les PC en 2026 était un pari risqué, surtout quand on connaît l’exigence de Milestone. Le studio ne s’est pas contenté d’un simple hommage nostalgique, il a accouché d’un objet vidéoludique non identifié, une sorte de Racing-Fighting Game qui demande autant de réflexes que de patience.
Conditions de test : cet avis se base sur la version PlayStation 5 avec les paramètres IA sur “Histoire avant tout” pour ce qui est du mode Tournoi. Ce choix est dû à une pique de difficulté insupportable à des moments précis et sur des objectifs particuliers malgré ce choix. Le coupable ? Une IA complètement indigeste et mal calibrée. Milestone a déjà annoncé que la mise à jour Day One profitera d’une amélioration toute particulière en ce qui concerne la gestion de l’IA. Qu’on s’entende, ce n’est pas la difficulté qui dérange en soi. L’expérience a été définie telle qu’elle est, c’est un choix a respecté peu importe le jeu. Ce qui dérange, c’est la mise en place de niveaux de difficulté afin que tout le monde puisse profiter du titre à son rythme et de se retrouver face à des murs complètement infranchissables.
Une immersion narrative sous tension
Dès les premières minutes, le jeu nous plonge dans une esthétique cyberanime absolument saisissante. La collaboration avec Polygon Pictures porte ses fruits. Les cinématiques sont fluides, vibrantes, et le cel-shading des personnages s’intègre avec une élégance rare dans des environnements urbains saturés de néons sous Unreal Engine 5.
Cependant l’entrée en matière est pourtant loin d’être un tapis rouge. Le monde Histoire (tournoi) s’ouvre sur une structure épisodique calquée sur les standards de l’animation japonaise moderne. Si l’intention est louable, les premiers chapitres pèsent lourd et traînent en longueur. Le studio italien a fait le parti pris de ne pas intégrer un tutoriel classique mais a préféré faire de l’histoire un tutoriel géant. De fait, on subit une mise en place laborieuse, où les dialogues et l’exposition prennent parfois le pas sur l’asphalte. On a de temps en temps l’impression de subir un manuel de vol géant avant d’avoir enfin le droit de décoller, ce qui pourra en décourager plus d’un avant même que le titre ne révèle son véritable potentiel.
Une fois le rythme trouvé, on découvre un univers d’une richesse culturelle étonnante. À la manière d’un Tekken, chaque pilote s’exprime dans sa langue d’origine. C’est un choix de design audacieux qui donne une âme internationale au tournoi, mais si cette « tour de Babel » motorisée donne du corps à l’univers, elle devient un véritable casse-tête pour le joueur et se transforme vite en défi cognitif. L’histoire reste toutefois simple avec des enjeux classiques et ne brille véritablement à aucun moment et devient par moments un peu ennuyeuse. Comptez une bonne quinzaine d’heures pour boucler le tournoi.

La révolution du « twin-stick » : le prix de la maîtrise
Le véritable séisme de ce reboot réside dans sa prise en main. Milestone a jeté aux orties le bouton de drift traditionnel pour instaurer le système Twin-Stick. Ici, votre stick gauche dirige le train avant tandis que le stick droit contrôle l’inclinaison et la force de la dérive arrière. Les premières heures sont une épreuve de patience, voire de pure frustration. On lutte contre ses propres réflexes, on finit dans le décor, on peste contre cette configuration qui semble contre-nature.
Pourtant, une fois appréhendé, le miracle se produit. On ne « clique » plus sur un drift, on le sculpte. La sensation de contrôler l’angle exact de sa voiture au millimètre près offre une satisfaction qu’aucun autre jeu d’arcade ne propose actuellement. C’est une conduite physique, exigeante, qui transforme chaque virage en un microduel contre les lois de la gravité. Mais ce plaisir se paye cash : la lisibilité globale en pâtit. Entre la vitesse fulgurante, le cel-shading ultracontrasté et la profusion d’informations à l’écran, avec la gestion des différentes jauges, que ce soit de boost ou de sync, on frise régulièrement l’épilepsie visuelle.

Un hommage aux années 90 assombri par une IA capricieuse
Là où le jeu brille par sa générosité, c’est dans son système de progression. Milestone renoue avec l’ADN des jeux de combat des années 90 : tout se mérite à la sueur du pad. Pas de boutique de cosmétiques à l’horizon, chaque couleur de carrosserie, chaque arrière-plan de profil et chaque collectible se débloquent en jouant, en réussissant des objectifs ou en terminant des épisodes. C’est une boucle de gameplay « à l’ancienne » qui fait un bien fou dans le paysage actuel.
Malheureusement, ce tableau idyllique est entaché par une intelligence artificielle qui semble n’avoir aucune notion de « fair-play ». L’IA de Screamer est brutale, injuste, et dotée d’un effet élastique (rubber-banding) qui peut rendre dingue. Voir un adversaire vous rattraper en une seconde après que vous avez réalisé le tour parfait est une pilule difficile à avaler. Les pics de difficulté sont parfois si absurdes qu’ils transforment certains épisodes du Tournoi en véritables murs infranchissables, risquant de laisser sur le carreau les joueurs les moins acharnés.

Conclusion : un diamant brut qui ne veut pas être poli
Screamer cru 2026 n’est pas un jeu qui cherche à plaire à tout le monde mais a l’audace de proposer quelque chose de différent dans un genre souvent trop sage. Le titre s’avère visuellement sublime et techniquement révolutionnaire par son gameplay twin-stick, mais souffre de ses propres ambitions. Entre sa narration chaotique et son IA punitive, il demande un investissement total. Si vous êtes prêt à accepter que le Tournoi est un immense tutoriel de 20 heures et que vous avez la patience de dompter son système de drift, vous découvrirez l’un des jeux de course les plus originaux du moment qui explose dans ses autres modes de jeu seul ou à plusieurs avec la possibilité de jouer à quatre en écran partagé. Pour les autres, l’expérience risque d’être aussi fulgurante qu’un crash à haute vitesse.
Verdict 3.5 /5
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