Quatorze ans après sa dernière véritable apparition majeure sur nos consoles, l’agent secret le plus célèbre de la pop culture opère son grand retour sous la houlette des maîtres de l’infiltration de chez IO Interactive. Attendu au tournant par une communauté de fans impatients et une presse spécialisée curieuse de voir comment le studio danois allait s’approprier le mythe, 007 First Light se présentait d’emblée comme un projet à double tranchant. Entre la promesse d’une mise en scène hollywoodienne et l’héritage évident des mécaniques de la trilogie Hitman, le titre suscite autant d’enthousiasme que d’interrogations. Si ce voyage cinématographique au cœur des origines de James Bond s’avère particulièrement respectueux de la saga et prenant, voyons ensemble si l’expérience mérite de revêtir le smoking de l’espion britannique.
Cet avis se base sur la version PlayStation 5 Pro après avoir bouclé l’aventure et essayer diverses approches pour plus de plaisir, soit environ 25 heures de jeu.

Les prémices d’un mythe moderne
007 First Light choisit de revisiter les fondements mêmes de l’agent secret le plus célèbre de la planète en s’intéressant à sa jeunesse. Le scénario nous dépeint un James Bond fougueux, imprévisible et parfois guidé par l’impulsion, loin du vétéran imperturbable des récits classiques. Si ce parti pris s’avère passionnant pour observer les événements fondateurs qui façonneront l’espion le plus redouté du MI6, le rythme global en pâtit dans un premier temps. L’introduction de l’histoire tire en longueur, installant patiemment les enjeux et le développement du personnage au détriment de l’action pure. Heureusement, cette lenteur initiale, bien que frustrante, s’avère payante lorsque l’intrigue décolle enfin pour offrir un véritable feu d’artifice narratif. L’essence de la saga reste scrupuleusement respectée, distillant avec justesse cette atmosphère typiquement britannique où se mêlent infiltration, gadgets ingénieux et haute diplomatie.
Entre l’héritage d’Hitman et le grand spectacle hollywoodien
Sur le plan de la construction, le savoir-faire de IO Interactive transparaît immédiatement, quitte à susciter un sentiment de déjà-vu. La structure des missions rappelle de manière très prononcée, parfois même un peu trop, la formule de la trilogie Hitman. Si cette approche axée sur l’infiltration sociale et l’observation colle parfaitement au costume de James Bond, elle pourra déstabiliser ceux qui attendaient une rupture totale. Heureusement, le titre compense cette architecture familière par une prise en main d’une excellence rare et une mise en scène spectaculaire. Le jeu lorgne ouvertement du côté des productions hollywoodiennes à grand spectacle comme Uncharted, insufflant un dynamisme bienvenu lors des moments de bravoure. L’ambiance générale évoque avec nostalgie l’ère des films portés par Pierce Brosnan, un sentiment renforcé par une bande-son magistrale d’une fidélité absolue aux thèmes de l’agent double zéro.

Une vitrine visuelle face aux réalités techniques
Visuellement, le moteur maison Glacier prouve une fois de plus sa valeur en chouchoutant les rétines des joueurs. Les environnements traversés bénéficient d’un superbe rendu, les jeux de lumière et la modélisation des visages conférant au titre un cachet graphique indéniable. Cependant, cette superbe esthétique se heurte à de lourds problèmes de finition technique et à un manque flagrant d’optimisation sur plusieurs aspects. L’expérience de jeu se retrouve régulièrement entachée par des bugs divers, des ralentissements et des crashs purs et simples qui renvoient au menu de la console. Plus agaçant encore, le système de progression souffre parfois de scripts défaillants, bloquant le joueur dans des objectifs pourtant déjà terminés et l’obligeant à recharger sa partie. Pour ne rien arranger, les temps de chargement s’avèrent particulièrement longs, ce qui brise le dynamisme d’une aventure qui mise pourtant beaucoup sur son rythme hollywoodien.
Une immersion sonore brisée par des choix éditoriaux
L’ambiance sonore, bien que portée par des thèmes musicaux impériaux et des bruitages percutants, souffre d’un compromis majeur qui pèse lourdement sur l’immersion des joueurs francophones. L’absence totale de doublage en français oblige à se rabattre sur les sous-titres, un choix qui s’avère particulièrement problématique en pleine action. Certains dialogues textuels défilent à une vitesse excessive, rendant la lecture extrêmement difficile lorsque l’on doit simultanément surveiller le comportement des ennemis ou conduire un véhicule. Ce défaut de calibrage textuel casse régulièrement l’intérêt de suivre correctement les subtilités de l’intrigue et gâche une partie du plaisir narratif, un comble pour un titre qui mise autant sur son ambiance cinématographique et le charisme de son jeune héros.

Un diamant brut qui ne demande qu’à briller
007 First Light s’impose sans difficulté comme une aventure d’espionnage particulièrement grisante mais reste freinée par une finition qui laisse à désirer. IO Interactive prouve sa maîtrise indéniable pour capter l’essence même de l’univers de Ian Fleming, en livrant un James Bond moderne, percutant et doté d’un sens du spectacle digne des plus grands blockbusters de l’ère Brosnan. Malheureusement, le plaisir de jeu se retrouve trop souvent entaché par des errances techniques frustrantes, des temps de chargement fastidieux et un confort de lecture mal calibré qui gâche l’immersion. Le titre pose des bases extrêmement prometteuses pour l’avenir de la franchise, mais il aurait mérité quelques mois de développement supplémentaires pour polir ses angles morts et s’offrir l’éclat parfait qu’exige le smoking de l’agent double zéro.
Verdict : 3.75/5
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