Avis – Fire Emblem: Fortune’s Weave : le digne héritier de Three Houses sur Nintendo Switch 2

Après Three Houses et Engage, Fire Emblem: Fortune’s Weave tente de réunir le meilleur des deux mondes sur Nintendo Switch 2. Quatre protagonistes, des campagnes distinctes, une vaste exploration de Dagda et des batailles tactiques plus dynamiques composent l’un des épisodes les plus ambitieux de la saga.

Après un Fire Emblem: Three Houses qui avait profondément renouvelé la série en 2019 grâce à son ambition narrative et un Fire Emblem Engage revenu en 2023 vers une approche davantage centrée sur la tactique, Fire Emblem: Fortune’s Weave tente une ambitieuse synthèse. Exclusif à la Nintendo Switch 2, ce nouvel épisode reprend plusieurs fondations de Three Houses, mais cherche à les enrichir par une structure narrative à quatre protagonistes, une exploration plus poussée et des champs de bataille sensiblement plus dynamiques.

Fortune’s Weave n’entend donc pas faire table rase du passé. Il préfère puiser dans près de quatre décennies d’histoire de Fire Emblem, réinterpréter certaines mécaniques oubliées et corriger plusieurs faiblesses de ses prédécesseurs. Une démarche qui aboutit à l’un des épisodes les plus généreux de la saga, même si cette profusion s’accompagne parfois d’une certaine dispersion.

Quatre héros et autant de destins à réécrire

Le titre occidental, Fortune’s Weave, évoque parfaitement le principe autour duquel s’articule l’aventure : celui de destinées qui s’entrecroisent et peuvent être remodelées.

Le jeu débute par un long prologue servant simultanément de tutoriel et d’introduction à un événement situé loin dans la chronologie principale. Là où Fire Emblem se contente habituellement d’une bataille introductive, Fortune’s Weave prend le temps d’installer son univers et ses enjeux sur plusieurs chapitres.

Au centre du récit se trouve Eshmel, avatar créé par le joueur. Après avoir affronté des versions corrompues de plusieurs héros, celui-ci rencontre Fortuna, une nouvelle divinité capable d’agir à la croisée du temps et de l’espace. Elle lui offre la possibilité de modifier le cours des événements en intervenant dans le passé de quatre personnages : Cai, Dietrich, Theodora et Leda.

Tous participent en 1449 aux Jeux Héroïques organisés à Dagsion, capitale du continent de Dagda. L’enjeu est considérable puisque le vainqueur peut obtenir un souhait du Souverain Divin Solel.

Le joueur doit alors choisir l’un des quatre obélisques correspondant à ces protagonistes et remonter le fil de son histoire afin d’influencer sa destinée.

Quatre protagonistes, quatre histoires réellement différentes

Cai représente probablement l’entrée la plus traditionnelle. Originaire du village de Ribeira, le jeune homme rejoint les Jeux Héroïques pour tenter d’obtenir la grâce de son père, condamné à mort. Son parcours adopte volontiers les codes du shōnen et propose une entrée relativement accessible dans cet univers.

Dietrich constitue une proposition autrement plus intrigante pour les connaisseurs de Three Houses. Originaire de Fódlan, il descend de l’un des Dix Braves et manie Damnation, une relique héroïque sanguinaire. Sa participation aux Jeux est motivée par une obsession pour les adversaires puissants, mais ses origines établissent surtout des connexions particulièrement intéressantes avec la mythologie de l’épisode de 2019.

Theodora entraîne pour sa part l’aventure sur un terrain beaucoup plus politique. Reine de Saramis, royaume situé au sud de Dagda, elle défend un peuple dont les traditions et la religion suscitent la méfiance du reste du continent. La vénération de Yu Phas, divinité associée à la mort, alimente les tensions avec l’Empire et sert de toile de fond à une intrigue mêlant foi, diplomatie et manipulations politiques.

Leda incarne enfin le versant le plus sombre du quatuor. Fille d’un gouverneur assassiné, elle poursuit le général Bertrand, qu’elle tient pour responsable de la destruction de sa ville. Sa vengeance, guidée par une liste de personnes liées au drame, dévoile progressivement un réseau beaucoup plus complexe de luttes de pouvoir.

La qualité d’écriture varie naturellement selon les routes, mais Fortune’s Weave corrige l’une des principales limites de Three Houses : les premières parties des quatre campagnes sont ici véritablement différentes plutôt que de recycler largement les mêmes événements.

Une narration beaucoup plus flexible que dans Three Houses

Autre évolution importante : le joueur n’est pas définitivement prisonnier du chemin choisi. Grâce au perchoir d’Eshmel, qui peut prendre la forme d’un oiseau blanc, il devient possible de rejoindre la chambre des Obélisques et de basculer vers une autre destinée.

Les chapitres déjà terminés peuvent même être rejoués, certaines décisions étant susceptibles de modifier la progression des personnages concernés.

Cette structure particulièrement malléable s’accompagne néanmoins d’un choix étonnant : Fortune’s Weave ne propose qu’une sauvegarde principale par compte Nintendo Switch 2. Un parti pris audacieux pour une aventure susceptible d’occuper plusieurs dizaines d’heures, voire largement davantage pour qui souhaite découvrir toutes les routes, développer les relations de soutien et exploiter pleinement les possibilités de chaque unité.

Le jeu autorise même les plus téméraires à défier très tôt l’adversaire final avec les maigres ressources du prologue. Une liberté rappelant, dans l’esprit, certaines possibilités offertes par les derniers Zelda. Autant prévenir immédiatement : l’entreprise relève davantage du défi réservé aux stratèges obsessionnels que d’une véritable alternative pour une première partie.

Dagsion remplace le monastère de Garreg Mach

L’héritage de Three Houses apparaît encore plus nettement dans la progression. Fortune’s Weave reprend le principe d’un calendrier structurant les journées précédant les grands événements des Jeux Héroïques.

Entre deux batailles majeures, le joueur dispose d’un temps limité qu’il doit utiliser intelligemment. Dagsion devient ainsi l’équivalent du monastère de Garreg Mach, mais dans une formule plus ouverte et diversifiée.

On peut partager un repas avec ses compagnons, profiter d’un sauna, assister à une représentation théâtrale, offrir des cadeaux, participer à des entraînements ou observer des affrontements dans l’arène. Ces activités renforcent les relations entre les personnages et contribuent parallèlement à leur progression.

Les temples permettent de développer la foi envers différentes divinités et de débloquer des Bénédictions utilisables au combat. La Bénédiction de Fortuna autorise notamment à remonter le cours d’une bataille en échange de points de sable divin, reprenant ainsi sous une nouvelle forme la mécanique permettant de corriger une erreur tactique.

La renommée constitue parallèlement l’un des moteurs de la progression. Elle ouvre l’accès à de nouvelles activités, facilite le recrutement et permet d’explorer des régions supplémentaires.

Dagda devient un véritable terrain d’exploration

Fortune’s Weave dépasse cependant largement les murs de Dagsion. Il est désormais possible de parcourir le continent de Dagda à travers une carte évoquant un jeu de plateau, chaque déplacement consommant une partie du temps disponible avant la prochaine échéance scénaristique.

Le principe rappelle The Sacred Stones ou Awakening, mais atteint ici une ampleur supérieure. Des requêtes conduisent vers différentes régions, villages, temples, grottes et ruines. Certaines missions disposent de leur propre date limite et imposent donc de réfléchir à l’itinéraire choisi.

Cette exploration varie également selon le protagoniste. Cai profite par exemple de la sympathie des habitants et reçoit de nombreuses requêtes, tandis que Leda, en raison de son statut d’artiste, peut organiser des représentations dans différentes villes pour accroître sa renommée et obtenir de nouveaux chants de soutien.

À cela viennent s’ajouter des activités plus inattendues. On peut cultiver certaines plantes ou capturer des montures avant de les élever. La relation développée entre une monture et son cavalier débloque ensuite différents avantages, comme des bonus de déplacement ou des capacités de soin.

Cette diversité donne davantage de personnalité à chacune des campagnes et constitue l’une des améliorations les plus appréciables par rapport à Three Houses.

Un système de classes toujours aussi riche

La progression des unités conserve l’impressionnante souplesse instaurée en 2019. Les personnages débutent avec des aptitudes relativement polyvalentes avant de se spécialiser progressivement.

Les classes sont réparties en plusieurs rangs, de Novice à Élite, et leur accès dépend simultanément du niveau du personnage, de sa renommée et de sa maîtrise dans différentes disciplines.

Armes, magie et équitation disposent de niveaux allant de E à S. Un Troubadour de rang Élite exigera par exemple une excellente maîtrise des magies noire et blanche, mais également des compétences avancées en cavalerie.

Les examens de changement de classe peuvent être tentés avant d’avoir rempli toutes les conditions. La probabilité de réussite diminue alors en conséquence, laissant au joueur la possibilité de privilégier une progression méthodique ou de tenter sa chance.

Cette liberté demeure néanmoins relative : les statistiques naturelles orientent clairement chaque personnage vers certains rôles. Transformer obstinément un combattant physique en mage reste possible, mais rarement optimal.

Fire Emblem reste avant tout un formidable jeu tactique

Malgré cette profusion d’activités, Fortune’s Weave n’oublie jamais ses racines. Le cœur de l’expérience demeure le combat tactique au tour par tour sur des cartes quadrillées.

Phases alliées et ennemies s’alternent, chaque déplacement devant être soigneusement anticipé. Positionner une unité dans une forêt améliore son esquive, tandis qu’une unité volante n’en profite pas tant qu’elle reste sur sa monture. Certains terrains, compétences et équipements viennent encore modifier ces paramètres.

Avant chaque attaque, le jeu affiche clairement les dégâts potentiels, la précision, les probabilités de coup critique et la riposte adverse. Mais comme toujours dans Fire Emblem, les statistiques restent des probabilités. Un ennemi disposant de seulement 20 % de chances de toucher peut parfaitement réussir son attaque, tandis qu’un improbable critique à 1 % suffit parfois à ruiner une stratégie patiemment élaborée.

Le mode classique conserve naturellement la mort permanente des unités. Une erreur peut donc signifier la disparition définitive d’un compagnon. Les joueurs préférant une expérience moins punitive peuvent toujours désactiver cette mécanique.

Le triangle des armes laisse place à de nouvelles spécificités

Fortune’s Weave ne réintroduit pas directement le traditionnel triangle des armes opposant épées, lances et haches. Il préfère attribuer des propriétés particulières à chaque famille.

Les épées profitent notamment d’un multiplicateur lors des doubles attaques, les lances excellent contre certaines unités montées et les haches garantissent un minimum de dégâts même face aux défenses les plus solides.

La durabilité fait elle aussi son retour sous une forme remaniée. Les attaques ordinaires n’usent plus les armes, mais certaines techniques spéciales consomment leurs points de durabilité. Une solution intermédiaire qui conserve la dimension stratégique de la gestion de l’équipement sans rendre chaque attaque ordinaire coûteuse.

Les capacités ardentes changent le rythme des affrontements

La principale nouveauté tactique concerne toutefois les quatre héros. Chacun dispose d’une capacité ardente propre, alimentant progressivement une jauge lorsqu’elle est utilisée ou lorsque certaines armes maudites entrent en jeu.

Une fois la moitié de la jauge dépassée, le personnage entre en état d’embrasement et bénéficie d’une augmentation substantielle de ses performances.

Mais cette puissance possède une contrepartie. Si la jauge déborde, elle se réinitialise et réduit temporairement les points de vie maximum du héros. Dans un Fire Emblem où chaque unité et chaque PV peuvent devenir déterminants, cette pénalité oblige à mesurer soigneusement le recours aux pouvoirs les plus dévastateurs.

La mécanique gagne progressivement en profondeur puisqu’il devient ensuite possible de réduire volontairement l’embrasement en sacrifiant une action.

Des champs de bataille nettement plus vivants

Les missions principales constituent l’une des grandes réussites de Fortune’s Weave. Intelligent Systems multiplie les situations particulières et évite davantage la monotonie observée dans certaines portions de Three Houses.

Des incendies peuvent progressivement dévorer les cases praticables, tandis que les conditions météorologiques modifient directement l’efficacité de certaines attaques. La pluie atténue par exemple les dégâts liés au feu tout en favorisant l’électricité.

Les adversaires se montrent également plus agressifs. Les unités puissantes ne patientent pas systématiquement au fond de la carte et peuvent avancer vers le joueur, obligeant à improviser lorsque plusieurs groupes ennemis convergent simultanément.

Certains adversaires disposent de plusieurs jauges de vie, tandis que compétences, équipements et capacités spéciales viennent régulièrement bouleverser les plans les mieux préparés.

La difficulté monte sensiblement après la première partie de l’aventure, et c’est précisément lorsque Fortune’s Weave contraint le joueur à exploiter toutes ses mécaniques qu’il révèle son véritable potentiel.

Le retour inattendu des donjons

Plus surprenant, Fortune’s Weave ressuscite une idée remontant à Fire Emblem Gaiden et réapparue dans son remake Echoes: Shadows of Valentia : l’exploration de donjons.

Ruines et grottes peuvent être parcourues librement avec un groupe de cinq personnages. Les ennemis sont directement visibles et peuvent être attaqués avant le contact afin de prendre l’initiative.

Une fois l’affrontement engagé, le système abandonne temporairement la grille tactique pour adopter une formule de RPG au tour par tour plus conventionnelle. Attaques, capacités, soins et enchaînements impliquant plusieurs personnages rythment alors les confrontations.

L’idée apporte une diversité bienvenue, mais montre rapidement ses limites. Les donjons se ressemblent, leurs environnements restent souvent dépouillés et leur architecture manque d’imagination. Cette mécanique apparaît davantage comme une expérimentation prometteuse que comme un véritable second pilier du gameplay.

Entre Three Houses et Engage sur le plan visuel

Techniquement, Fortune’s Weave semble chercher un compromis entre ses deux prédécesseurs. La direction artistique conserve la tonalité relativement sobre de Three Houses tout en profitant d’une modélisation des personnages et d’animations de combat beaucoup plus proches d’Engage.

Les affrontements constituent indéniablement le principal spectacle visuel. Les attaques bénéficient de chorégraphies dynamiques, les effets gagnent en impact et les cinématiques réalisées avec le moteur du jeu mettent efficacement en valeur les moments les plus importants.

Tout n’atteint malheureusement pas le même niveau. Certains environnements apparaissent relativement vides et les animations en dehors des combats restent parfois rigides. Les donjons souffrent particulièrement de cette sobriété visuelle.

En revanche, l’ensemble se montre techniquement solide aussi bien en mode portable que sur téléviseur, avec une fluidité convaincante et une réalisation globalement propre.

Une bande-son à la hauteur de la saga

L’habillage sonore se montre nettement plus homogène. Les doublages anglais et japonais sont tous deux d’excellente facture, même si l’absence de voix françaises pourra une nouvelle fois décevoir une partie du public francophone.

La bande originale s’inscrit quant à elle dans la continuité qualitative de Three Houses et Engage. Une grande partie des compositions s’articule autour du « Cycle du Soleil », thème principal décliné sous différentes formes selon les situations.

Des mélodies mélancoliques aux batailles les plus épiques en passant par les moments plus paisibles à Dagsion, ce leitmotiv participe fortement à l’identité du jeu.

Fortune’s Weave renoue également plus franchement avec le thème historique de Fire Emblem. Là où Three Houses semblait parfois vouloir prendre ses distances avec l’héritage musical de la série, ce nouvel épisode assume davantage son appartenance à la saga.

Verdict : l’héritier de Three Houses trouve un meilleur équilibre

Fire Emblem: Fortune’s Weave entretient avec Three Houses une relation comparable, dans une certaine mesure, à celle qui unit Tears of the Kingdom à Breath of the Wild. Il reprend une formule qui avait profondément renouvelé sa série, en identifie les limites puis cherche à l’étendre plutôt qu’à repartir d’une feuille blanche.

Le résultat apparaît remarquablement généreux. Les quatre routes disposent d’une identité plus affirmée, l’exploration de Dagda apporte une véritable liberté, le système de progression conserve une profondeur considérable et les batailles tactiques gagnent en variété.

Tout n’est pas irréprochable. Les donjons manquent de profondeur, certaines activités finissent par devenir répétitives et l’abondance de systèmes peut donner l’impression que le jeu veut parfois en faire trop. Comme souvent avec une distribution comptant plusieurs dizaines de personnages, tous ne bénéficient pas non plus de la même qualité d’écriture.

Ces imperfections ne suffisent cependant pas à masquer l’essentiel. Fortune’s Weave réussit à réunir l’ambition narrative de Three Houses et une approche tactique davantage tournée vers les racines de Fire Emblem, tout en y ajoutant suffisamment d’idées nouvelles pour posséder sa propre identité.

Dense, exigeant et susceptible d’occuper les stratèges pendant des dizaines, voire des centaines d’heures, Fire Emblem: Fortune’s Weave s’impose comme l’une des expériences tactiques les plus ambitieuses proposées sur Nintendo Switch 2. Une aventure dans laquelle chaque bataille, chaque décision et chaque détour contribuent finalement à une même ambition : tisser, fil après fil, la destinée de ses héros.

A propos Eric Rivera

Rédacteur en chef et journaliste RP, ma passion pour les jeux vidéo et la technologie ne faiblit pas depuis mon adolescence, qui me semble pourtant bien lointaine. Un recul cependant intéressant, puisqu'il me permet de jauger les nouveautés avec un regard plein d'expérience, couplé à une envie d'écrire de tous les jours.

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