Plus de 700 figures du cinéma, de la musique et de la littérature dénoncent l’utilisation non autorisée de leurs créations pour entraîner les intelligences artificielles. Une fronde inédite contre les géants de la tech.
Les créateurs montent au créneau face à l’appropriation de leurs œuvres par l’IA
Le monde de la création artistique est en ébullition. Aux États-Unis, la contestation ne cesse de prendre de l’ampleur face aux pratiques des grandes entreprises technologiques, accusées de puiser sans autorisation dans les œuvres protégées pour entraîner leurs modèles d’intelligence artificielle. Plus de 700 figures emblématiques du cinéma, de la musique et de la littérature — parmi lesquelles Scarlett Johansson, le groupe R.E.M. ou encore le scénariste Vince Gilligan — ont décidé de faire front commun pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme une spoliation méthodique de leur patrimoine créatif.
Une mobilisation collective pour défendre l’éthique et le droit d’auteur
Rassemblée sous le slogan percutant « Stealing isn’t Innovation » (« Voler n’est pas innover »), cette campagne entend rappeler aux géants du numérique que le progrès technologique ne saurait s’édifier au mépris des droits fondamentaux des créateurs. Sur la plateforme officielle du mouvement, un manifeste sans détour souligne que la vitalité culturelle américaine repose depuis toujours sur une communauté artistique dynamique, génératrice d’emplois et moteur de croissance économique.
Or, alertent les signataires, certaines multinationales, soutenues par d’importants capitaux privés, exploitent désormais cette richesse sans compensation ni autorisation, bafouant les principes élémentaires du droit d’auteur. Pour rétablir un équilibre, la coalition plaide pour la mise en place de cadres contractuels clairs : licences négociées, accords transparents et partenariats équitables. Autant de solutions jugées indispensables pour concilier innovation algorithmique et respect du travail humain.
Des dérives aux conséquences préoccupantes
Au-delà de la question financière, les créateurs pointent une série de dérives aux implications sociétales majeures. L’appropriation incontrôlée de contenus artistiques alimenterait, selon eux, une prolifération de productions synthétiques de faible qualité, contribuant à brouiller les repères informationnels et culturels.
Parmi les risques identifiés figurent notamment :
- la propagation de la désinformation,
- la multiplication des deepfakes,
- l’émergence d’un flot de contenus standardisés et médiocres, qualifiés d’« AI slop ».
Une dynamique qui, à terme, pourrait affaiblir la crédibilité des plateformes numériques et fragiliser la position concurrentielle des États-Unis dans la course mondiale à l’intelligence artificielle.
Tensions juridiques et précédents inquiétants
Plusieurs affaires récentes viennent illustrer la gravité de la situation. L’actrice Scarlett Johansson a ainsi publiquement envisagé des poursuites contre OpenAI, estimant que sa voix avait été reproduite sans son accord dans une version vocale de ChatGPT. De son côté, une enquête du New York Times a révélé que Grok, l’assistant conversationnel développé sous l’égide d’Elon Musk, aurait généré en masse des images sexualisées à partir de visages bien réels, soulevant de lourdes interrogations éthiques.
Une bataille décisive pour l’avenir de la création
Cette mobilisation d’ampleur pose une question fondamentale : comment encadrer juridiquement et moralement une technologie dont les capacités évoluent plus vite que les normes censées la réguler ? À l’heure où l’intelligence artificielle redessine les contours de la création, les artistes réclament un socle éthique solide, capable de préserver l’intégrité de leurs œuvres et la dignité de leur métier.
Derrière ce bras de fer se joue sans doute bien davantage qu’un simple conflit économique : c’est l’équilibre même entre innovation technologique et respect de la propriété intellectuelle qui se trouve désormais à l’épreuve.
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